Orthographe et grammaire : évitons les drames – épisode un : Le paradoxe orthographique

Souhaits et injonctions contradictoires

« Arrêtons cet exercice absurde qu’est la dictée ! » ; « Je suis désespérée par les cahiers de mon fils… » ; « Il faut simplifier les règles de l’orthographe française. » ; « Je recrute d’abord en vérifiant l’orthographe » ; « C’est quand même plus logique d’écrire onion… »J’ai déjà parlé de cette hypocrisie autour de l’orthographe, qui cristallise bien des débats et des tensions. L’orthographe est un marqueur social, une valeur française aussi importante et attachante que la Tour Eiffel ou le vin, qui nous renvoie à nos souvenirs d’enfance et à nos « chagrins d’école » aussi bien qu’à nos convictions politiques. Au milieu de tout ça, il ressort, à mon avis, que la discussion est nécessaire, parce qu’elle permet l’exercice de sa réflexion personnelle. Plutôt que de vous attacher à un parti conservateur ou réformiste, plutôt que de suivre des consignes nécessaires mais naïves, plutôt que de prendre une posture de rebelle romantique, posez-vous la question de ce dont vous avez besoin et envie dans l’orthographe. La réflexion sera finalement plus intéressante que son résultat.
Comme les deux anciens professeurs de la Convivialité, rappelons que l’orthographe est d’abord un outil. On ne se sert d’un marteau que lorsqu’on a besoin d’un marteau. Et lorsqu’on considère qu’il est défectueux, on le répare.

Réformer ?

Comme j’aime écrire oignon et clef ! Alors oui, je sais, c’est une coquetterie bien inutile et qui perturbe beaucoup mes élèves, sans que j’ai d’autres raisons que « c’est tellement plus joli ! ». Mais tant pis, je continuerai.
J’aurais en revanche vraiment souhaité que la réforme des années 90 s’attache à des problèmes plus importants, comme l’accord des participes passés. Il est déjà tellement difficile de faire se relire les élèves pour distinguer participes et infinitifs !

Autre remarque : certaines orthographes sont étymologiques, d’autres non. Certaines ont même une fausse volonté d’étymologie. J’aimerais qu’on lisse cela, avec un cent pour cent étymologie avérée : la logique est plus facile à justifier et à faire retenir aux élèves, et il faut défendre les classes de langues anciennes, qui apportent aussi des savoirs de citoyenneté. Oui, quitte à écrire œconomie.

Para-doxe : l’orthographe inclusive

Comme pour ce qui précède, je suis davantage favorable à un débat et une réflexion ouverte, qu’à un passage à l’inclusivité pure et dure.

L’orthographe est un symptôme du patriarcat, non sa source. Alain Rey rappelle dans une interview au Monde qu’elle a été forgée par des volontés masculines d’harmonisation géographiques et culturelles, qui en ont aussi profité pour effacer les femmes de sa norme. Mais elle est moins responsable que l’Académie française, la Troisième République ou la guerre des tranchées. De fait, il faut se demander si on traite la maladie par les symptômes, comme pour une rhino-pharyngite, ou par la bactérie, comme pour une angine. Et c’est une vraie question.

Mon choix est d’appliquer l’inclusivité dans les cas où est elle est le plus facilement admise : les élèves ne se récrient pas si j’écris « toutes et tous » ou si je pratique l’accord de proximité avec un groupe nominal masculin. Je préfère m’en tenir à soulever à la question, sans apporter de réponse autre que ma posture d’autorité, lorsqu’ils voient (j’ai plus de garçons que de filles cette année) que j’écris un point médian au tableau. Sans être contraints de l’écrire sur leurs cahiers, ils ont ainsi connaissance de son existence.

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