De l’importance de l’emploi du temps dans Le Rosaire écarlate (fond ancien)

Aux origines : la littérature de pensionnat

La littérature dite  » de pensionnat  » est un genre romanesque qui met en scène des élèves en internat. Souvent, ce sont des œuvres de littérature jeunesse, l’âge du héros étant associé à l’âge du lectorat. Une des œuvres à l’origine du genre, et parmi les plus connues, est La Petite princesse (1988), de Frances H. Burnett : elle est connue parce qu’elle a été adaptée en série animée par Ryuzo Nakanishi en 1985, sous le titre de Princesse Sarah (un bonus pour moi si maintenant vous avez le générique dans la tête…).

Plus récemment, JK Rowling a un peu renouvelé le genre, généralement féminin, en décrivant les aventures scolaires d’un garçon : Harry Potter. L’école, lieu de vie et d’apprentissage, devient le théâtre et la source d’aventures sociales (on forme des amitiés, on tombe amoureux…), rendues possibles par la vie en communauté vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais aussi d’aventures sortant de l’ordinaire, qui font l’intérêt de la narration. Comme le héros est soumis à un emploi du temps, les aventures sont conditionnées par ses lieux et ses heures de circulation. La transgression de ce cadre spatio-temporel intra-diégétique devient alors une péripétie à part entière.

De Bienvenue à Poudlard, à la conception du Rosaire

J’ai parlé en début de ce mois spécial Harry Potter de l’adaptation en jeu de rôle de Frédéric Sintès. Frédéric a conçu son jeu en proposant au meneur de préparer des canevas pour ses parties, ne prévoyant pas toutes les actions des joueurs, mais des rebondissements, des événements à introduire dans le courant de la partie. Si cela s’y prête bien, c’est justement parce que je le jeu rentre dans la littérature de pensionnat : on peut parler de jeu de rôle de pensionnat. Comme les joueurs ont des lieux et des moments obligés dans leur année scolaire, il est facile de prévoir l’introduction d’un événement dans un cours de magie ou dans une sortie à Pré-au-Lard par exemple.

C’est Fabien Hildwein, un de mes premiers play-testeurs, qui m’a fait remarquer que Le Rosaire écarlate pouvait s’inspirer de ce schéma : comme à Poudlard, les novices sont cloîtrés dans un lieu soumis à un emploi du temps, celui des heures de prière et des heures de travail.

Et concrètement, qu’est-ce que ça donne en pratique ?

Concrètement, les Heures, au sens liturgique du terme, sont fournies en début de partie aux joueurs, comme dans la fiction on leur rappelle alors qu’ils arrivent comme novices au couvent. Ils savent qu’ils devront se lever pour les mâtines à cinq heures, commencer le travail après deux autres prières, le petit-déjeuner et leurs ablutions à sept heures, prendre une collation vers midi après sexte, et qu’au terme de leur journée, ils auront un entretien privé avec l’Abbé ou l’Abbesse (à savoir l’incarnation intra-diégétique du meneur).

Comme dans Bienvenue à Poudlard, il devient alors possible, à la création du canevas, de prévoir les rebondissements sur certains lieux et à certains moments de la journée, selon les besoins de la fiction. L’intérêt supplémentaire vient justement de la liturgie. J’assume désormais mon jeu comme étant très ritualisé : les Heures et les prières doivent être régulièrement marquées, particulièrement dans la première partie. Il faut une lecture commune des textes de prière (adaptés des textes chrétiens pour une préparation aux secrets), annoncée et demandée par un son clair comme un coup sec sur la table de jeu. Comme en classe avec les élèves, le rituel devient un moyen de gérer la table et son ambiance : cette pratique doit être mise en place notamment quand le MJ sent que les joueurs se déconcentrent et commencent à sortir de l’immersion.

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