François Rabelais, Gargantua (XVIe)

Le sel sur la langue

Peu d’auteurs arrivent à me faire saliver. Avec Gargantua, j’ai eu le goût de la cuisine lyonnaise en bouche tout au long de ma lecture. Les tripes, les fouasses, le fromage (« Qu’il est beau ce… »)… La nourriture n’est qu’un des éléments qui concourent à la saveur de la lecture. Rabelais arrive, avec sa langue si personnelle, à nous mettre l’eau à la bouche.

Rabelais introduit du rythme, de l’humour et des néologismes : les listes, et notamment les listes de grivoiseries ou d’insultes, les répétitions et accumulations, les néologismes (que nous, lecteurs modernes pouvons presque mieux comprendre que les contemporains de l’écrivain). Les assonances et les allitérations obligent, même en lecture silencieuse, à une gymnastique verbale qui donne du goût au récit.

Le corps, sans naïveté

Médecin de formation, il décrit les choses du corps avec un foisonnement de détails et d’images jubilatoires, aussi plaisantes quand il s’agit de sexe (avec la célèbre « bête à deux dos » par exemple) que lorsqu’il faut décrire des violences : « aux autres délogeait les spondyles du cou ». Pas de kitsch chez Rabelais en effet, mais au contraire une volonté de faire apprécier l’esthétique de la mort et de la merde, par le style. Tout cela en parvenant à rappeler la supériorité platonicienne de l’esprit : si on naît par l’oreille, c’est pour mieux entendre, apprendre et faire fonctionner notre cerveau que notre fondement.

Eloge de la liberté

Je connais peu de véritables utopies en fiction, mais l’abbaye de Thélème est ma préférée. Sa devise, « Fay ce que vouldras » a été mon mantra pendant toute ma dernière année de concours. C’est une ode à l’anti-procrastination, et une réflexion sur la liberté. Le futur de l’indicatif nous invite en effet à nous demander ce que nous voulons pour notre futur, et non pour le présent. Si je veux réussir les oraux, si je veux publier, il faut que je travaille maintenant. Personne d’autre cependant que moi-même ne peut m’y obliger.

Et je ne vous dirai pas que Rabelais est bien parce qu’il est lyonnais.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *