Stéphane Servant, Félines (XXIe)

Chers lecteurs, je prends aujourd’hui le plus gros risque depuis que j’ai ouvert cette bibliothèque. Comme l’éditeur, comme l’auteur de Félines, en vous parlant du témoignage de Louise R., et en prenant parti pour toutes les félines du monde, je risque gros.

Il me paraît cependant nécessaire que vous connaissiez la vérité. Ce texte figurera donc dans mes rayons, et voici pourquoi.

Le corps et ses enjeux

Connaissez-vous cette photo de jambes féminines en jupe, avec des traits le long de la jambe qui mesurent la vertu ? L’échelle va de « pute » (en anglais), sous les fesses, à « mémère », à hauteur de cheville. En résumé : quelle que soit la façon dont il est présenté, le corps féminin n’obéira jamais aux injonctions contradictoires de la société patriarcale. C’est la leçon qu’il faut retenir des Félines. Dès le début, la jeune fille harcelée dans les toilettes de la piscine représente un problème, avant même sa métamorphose. Et cet enjeu va revenir en filigrane tout au long du récit de Louise. De son passé d’influenceuse désapprouvé par sa mère, aux obligations de couvrir son changement corporel, du port critiqué du voile à l’épilation, aucune pratique n’est oubliée, toutes sont questionnées. Alors messieurs, faut-il  » passer discrètes  » ou vous découvrir nos formes ? Bien au-delà du symbolisme de l’adolescence, c’est la peur du féminin incontrôlé qui est représentée en toute crudité. Et dans un monde qui refuse de voir nos règles et nos douleurs post-partum, qui exige de nous d’être souriantes, gracieuses, sympathiques, simples, humbles, décontractées, élégantes, sophistiquées, maquillées, séduisantes, passives, naturelles, entreprenantes… ça rafraîchit.

Autres messages politiques

Stéphane Servant dédie son texte aux « lycéens de Mantes-la-Jolie ». Un passage du livre est clairement une description de ces adolescents lourdement armés de hoodies et de sacs de cours qui ont représenté une telle menace contre les CRS que ceux-ci, n’ayant pour se protéger que des casques, des flash-balls, des tonfas et des boucliers, ont dû maîtriser toute une horde de bloqueurs et les faire se tenir à genoux, mains sur la tête, avant de les humilier sur Internet : « Voilà une classe qui se tient bien sage… » Merci, monsieur Servant, de vous indigner à votre niveau, comme tous les grands artistes l’ont fait avant vous lorsqu’ils étaient face à des faits absurdes et révoltants.

La crise des migrants, enfin, est aussi évoquée, au travers des félines étrangères, chassées de leur pays, violentées, fuyant les persécutions et les mises à mort.

Lisez Félines. Ça vous fera un souvenir.

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