Mélanie Farjon, enseignante et dessinatrice de bande dessinée (fond ancien)

Comment s’organise ton travail d’enseignante au quotidien ? Et d’auteur de bande dessinée ? Sur lequel des deux passes-tu le plus de temps ?

Je fais d’abord passer l’enseignement en premier, autrement je me retrouve vite débordée, et cela se ressent dans mes cours si je les délaisse. Lorsque j’ai moins de travail, ou que c’est moins pressé, je me consacre alors à mes bandes dessinées (je suis en ce moment dessus presque à temps plein, avec l’approche des grandes vacances). J’y passe donc moins de temps, mais je passe beaucoup de temps à côté à réfléchir à mes histoires, personnages, etc, et cela parfois même au collège !

Quel a été ton parcours (scolaire et personnel) pour arriver à ces deux métiers ?

Les deux sont reliés bien sûr à l’art, étant professeur d’Arts Plastiques. Depuis ma toute première BD en primaire, que je conserve précieusement, je ne me suis jamais arrêtée. J’ai pris des cours auprès d’un professionnel en Bande Dessinée, et celui-ci m’a donné envie de continuer, mais aussi d’enseigner ma passion. En grandissant, j’ai vu que ces ateliers (pour adultes et enfants) ne me permettraient pas de vivre correctement, j’ai donc fait passer la BD en arrière-plan. Pourtant, j’ai tenté à l’Université de la mettre en valeur, mais mes professeurs ne la voyaient pas d’un bon œil. J’ai obtenu le CAPES pour devenir enseignante, et j’ai basé entièrement mon mémoire de première année dans l’enseignement sur la Bande Dessinée auprès des adolescents. Ma soutenance réussie, j’avais réussi à montrer à mes professeurs le rôle qu’elle peut avoir, autant pour des élèves que pour des adultes.

Finalement, je savais qu’enseigner me permettrait d’avoir assez de temps pour moi et mes BD.

Quand tu dessines, y a-t-il des thèmes qui te tiennent à cœur ? Des techniques ?

Les thèmes qui me tiennent à cœur restent toujours le fantastique. Depuis quelques temps, je me base sur la mythologie nordique, que je revisite. J’ai toujours aussi aimé l’histoire, autant l’architecture que la mode, et j’aime faire voyager mes lecteurs à travers le temps (aussi bien durant l’Antiquité que dans le futur d’ailleurs!).

Je travaille toujours à la main. Je réalise la couleur à l’aide d’aquarelle, et de feutres à alcool très pratiques ! Je finalise et retouche à la tablette graphique. J’ai toujours préféré faire essentiellement à la main.

Quels sont tes dessinateurs (ou autres créateurs  » plastiques « ) de prédilection ? Qui t’inspirent le plus ?

Mes auteurs préférés sont justement ceux qui réalisent leurs œuvres à la main, comme Guarnido, l’auteur de la génialissime BD Blacksad, ou bien Mathieu Bablet. Mais au niveau graphisme, j’ai toujours aimé Alessandro Barbucci, qui a un style qui a l’air de mélanger le manga avec les BD occidentales. Sinon, comme claques visuelles, les auteurs Peeters et Schuiten sont inévitables.

Quels thèmes ou séquences d’arts plastiques préfères-tu aborder ? Y a-t-il des exercices que tu aimes particulièrement faire faire aux élèves et si oui pourquoi ?

J’aime beaucoup aborder l’abstrait narratif avec mes élèves. Je fais avec eux aussi beaucoup de BD, et tout ce qui touche au mouvement ou point de vue me passionnent au niveau enseignement. Je suis beaucoup plus à l’aise dedans, car tous touchent de près ou de loin à la BD.

Y a-t-il un niveau, une tranche d’âge à laquelle tu préfères enseigner ?

Difficile à dire honnêtement. Je préfère l’énergie et l’imagination des élèves de 6èmes, vite passionnés par ce que je donne à faire. Mais j’aime aussi beaucoup les 3èmes, qui montrent plus de rigueur dans leur travail, plus de minutie. Si on pouvait mettre le grain de folie des 6èmes dans un 3ème très soigneux, ce serait parfait !

Y a-t-il une question que tu aurais aimé que je te pose ? Peux-tu y répondre par la même occasion ?

Peut-être…pourquoi aimer la Bande Dessinée tout simplement ?

Enfant comme adulte, elle me fait rêver, voyager. J’aime aussi beaucoup les romans, et les détails qu’il renferment, contrairement à une BD. Ces dernières se lisent en une heure pour une cinquantaine de pages, contrairement à un roman. C’est ce que je déplore. Comme les films, je pourrais aussi dénoncer le fait qu’ils freinent l’imagination (offrir l’image sur un plateau plutôt que de construire cette image dans son esprit, cela semble tout de suite plus facile). Mais c’est pour cela que je ne lis pas forcément une BD par rapport à son scénario. J’ai déjà essayé. Même si l’histoire est incroyable, si je n’accroche pas au style graphique, voir pictural, je me braque et stoppe ma lecture. Je préfère une BD renversante à voir comme à lire, où chaque détail devient merveilleux, où la relire est comme retourner au musée voir un très beau tableau. Après tout, une BD passe bien à travers les yeux.

Quelle lecture recommanderais-tu aux visiteurs de la Bibliothèque ?

Deux BD de l’auteur Mathieu Bablet :

La première en deux tomes qui m’a fait découvrir cet auteur : Adrastée, une incroyable histoire d’un roi immortel qui traverse la Terre pour rencontrer les Dieux de l’Olympe et comprendre pourquoi il ne peut mourir. Les morales sont magnifiques, et les paysages sont les plus détaillés que j’ai vu. Il y a assez peu de texte, et on profite bien de son voyage.

Et la dernière en date a été dans la sélection officielle du Festival d’Angoulème, Shangri-La, une contre-utopie se déroulant dans l’espace. Je préfère mettre le résumé du quatrième de couverture, qui balance tout de suite dans l’ambiance : « L’espace infini. L’Homme et Tianzhu Enterprises. Tianzhu TV, TZ-Phones, Tianzhu-Tab, Tianzhu Fitness, Tianzhu Burgers, Tianzhu immobilier, Tianzhu Bank….Le monde est parfait car Tianzhy Enterprises veille à votre bonheur. »

Je crois que tout est dit…

Le dessin de la fin ? 🙂

Ma tête devant toutes ces questions :

(Je plaisante 😉 )

Vous pouvez aller voir le travail de Mélanie Farjon ici.

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