Christelle Dabos, La Passe-miroir (XXIe) (fond ancien)

Cette semaine

A l’occasion de la sortie du tome trois, La Mémoire de Babel (tiens, tiens, un titre hildweinien), je décide de consacrer une page de mon carnet à cette saga de littérature jeunesse.

Un certain concours, une certaine période

Nous sommes en l’an de Grâce 2012. Je suis alors en master et je travaille en littérature jeunesse. Une amie qui a le même sujet d’étude me parle du concours Télérama et RTL du premier roman jeunesse. Trois écrivains sont encore en lice, il faut lire leurs œuvres pour les départager. C’est presque la fin du délais avant le verdict et que les livres ne soient plus accessibles. Je n’ai le temps d’en lire qu’un, mais, Athéna merci, mon intuition est la bonne : Les Fiancés de l’hiver est une vraie révélation, et c’est d’ailleurs celui-ci qui remportera le droit d’être publié.

Enfin ! Un narrateur interne crédible…

Quel début fascinant… nous entrons dans cet univers comme le personnage principal entre dans la bibliothèque : par magie et presque par effraction. Ophélie, comme le titre l’indique, passe à travers le miroir. Nous la voyons en sortir, mais ce n’est qu’à la fin de la description que nous comprenons exactement ce qui vient de se passer. L’auteure considère son lecteur comme quelqu’un d’intelligent, et c’est agréable.

En effet, au fur et à mesure que nous suivons Ophélie dans ses derniers jours chez ses parents, nous découvrons aussi son univers. Mais il faut parfois de l’attention et de la patience : comme de naturel, elle ne nous explique pas tous les aspects de sa vie quotidienne et tous les objets qui l’entourent, même s’ils nous sont inconnus. Evidemment : quand nous marchons dans la rue, nous ne pensons pas :  » Tiens ! Une voiture ! Une voiture est un véhicule motorisé à quatre roues, dont la force tient dans une énergie fossile récupérée dans la terre.  » Christelle Dabos a choisi de faire penser son personnage comme nous : elle ne passe pas son temps à expliquer pourquoi son écharpe est vivante, d’où lui vient son don de psychométrie, etc. Cela se fait au fur et à mesure, par les événements et les dialogues. Et ça change de bon nombre d’ouvrages de science fiction et d’heroic-fantasy, qui se sentent obligés de fournir les explications encyclopédiques en narration interne dès que le personnage croise un nain ou un blaster. Comme si le héros ne savait pas ce que c’était, et était obligé de se le rappeler à lui-même !

Du steampunk aux Liaisons dangereuses

Je n’aime pas coller des étiquettes aux œuvres originales que j’apprécie, mais  » steampunk  » est le premier mot qui me vient à l’esprit alors que je découvre les robes à tournures et les trains à vapeur de La Passe miroir. Cependant, l’univers est tellement plus riche : on devine de plus en plus une intrigue théologique et mystique, et le propos de Christelle Dabos sur les apparences nous fait remonter jusqu’à la décadence des milieux libertins du XVIIIe siècle. Car nous découvrons avec Ophélie que son nouveau lieu de vie n’est qu’illusions et faux-semblants : derrière les murs peints et les couchers de soleil éternels se cachent la moisissure, la crasse et la morbidité. Derrière les costumes et les perruques, les nobles courent après les plaisirs vains et éphémères, interdits aux jeunes fiancées, recommandés aux nouvelles mariées, lourds d’enjeux politiques.

Une scène dans un labyrinthe de miroirs retient particulièrement mon attention : elle m’angoisse et me fascine, je suis fébrile car je crains pour l’héroïne, et en même temps je redoute le moment où elle retrouvera son chemin.

Mes attentes pour la suite

J’ai lu Les Fiancés de l’hiver avant sa parution officielle. Je l’ai offert, pour encourager l’auteur. J’ai acheté Les Disparus du Clairedelune dès que je l’ai vu en librairie. Je vais attendre mon anniversaire avant de me procurer La Mémoire de Babel (sait-on jamais !), mais une chose est sûre je fournis de grands espoirs pour l’intrigue et ses aboutissants.

L’évolution des personnages d’abord : et c’est là une de mes rares craintes. J’ai adoré l’évolution de Farouk, l’esprit de famille, de Thorn, le fiancé de l’héroïne, d’Archibald, l’illusionniste libertin. Je n’ai pas aimé du tout celle de Bérénilde : elle était pour moi un des meilleurs personnages, une femme fatale, un modèle de la force qu’il faut pour survivre dans cet univers. Et sa transformation en mère modèle, aimante, douce et inquiète m’a un peu agacée. Espérons que cette attitude ne lui restera pas. La surprise de ce que cache chacun des protagonistes est une grande force de ces romans, j’attends donc d’être surprise par eux, et en particulier par Bérénilde.

J’ai évoqué la théologie. Quelques interludes du deuxième tome, et le titre du troisième, laissent présager une évolution vers une suite eschatologique et apocalyptique, aussi bien que méta-littéraire. Pourvu que les révélations soient à la hauteur !

Allez vous faire une idée : http://www.passe-miroir.com/

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