Séquence de cours : Blaise Pascal, Pensées, parcours de lecture autour de la liasse « Divertissement », fragments 123-129 (1670, fond ancien)

Niveau conseillé : premières générales (L-ES-S)

Objet d’étude : l’argumentation (la question de l’Homme dans les genres de l’argumentation)

J’aime me lancer des défis.

Pascal est une lecture difficile, ambitieuse pour des lycéens : ils peuvent se sentir incapables de comprendre, se décourager, trouver cela ennuyant… Mais, quand j’ai le courage, et que j’aime vraiment une œuvre, je cherche le moyen de l’aborder. Et j’aime leur dire que c’est une œuvre difficile, mais que je crois en leurs capacités, et qu’ils sont suffisamment fins et intelligents pour la comprendre. Surtout s’ils manquent de confiance en eux en français.

Mon objectif avec Pascal ? Qu’il y ait au moins une quarantaine de jeunes, sur une classe d’âge, qui n’affiche pas « Le cœur a ses raisons, blablabla » comme statut Facebook au moindre déboire amoureux.

Comment l’aborder alors ?

Pour commencer, je pense qu’il faut éviter de leur donner l’œuvre à lire en entier : elle serait beaucoup trop abrupte et indigeste. De plus, faire un peu de démagogie, et leur faire remarquer qu’on ne leur donne qu’une dizaine de pages, sur plus de trois cents, ne peut pas faire de mal. Je me suis contentée pour ma part de la liasse de fragments sur le thème du « divertissement », et du fragment sur le « pari ».

Ensuite, il ne faut pas hésiter à faire une introduction de séquence un peu longue, avant de rentrer dans l’œuvre. Le but est que les élèves ne commencent pas leur lecture sans avoir bien compris ce qu’était le jansénisme, qui était Blaise Pascal, et quel était son projet en commençant la rédaction des Pensées.

Une première activité possible est de leur faire lire la biographie de Pascal sur plusieurs supports : par exemple, leur manuel, si elle y figure, le Lagarde et Michard du XVIIe siècle, et la description de Chateaubriand dans Génie du Christianisme. A partir de là, à eux d’en extraire ce qui leur paraît important, et de rédiger leur propre courte biographie. On peut souligner à la fois l’enfant ingénieux qu’il était, qui a presque retrouvé tout seul la logique mathématique, sans aucune leçon, et l’adulte pieux et angoissé, destiné à mourir jeune de maladie. Les élèves apprécient généralement ce genre de détail concret, qui donne du « corps » à l’auteur.

Le portrait que j’ai fait figurer sur mon premier article de « Travaux d’écriture » peut aussi être analysé en classe : aux élèves de verbaliser ce que semble être l’activité principale de cet homme. Il est assis à sa table de travail, c’est un auteur, un intellectuel, il pense…

Enfin, il faut distribuer, lire et expliquer plusieurs définitions du jansénisme : un courant religieux du XVIIe siècle, qui s’oppose au jésuitisme, et qui explique que seul Dieu a le pouvoir de choisir ceux qui seront sauvés, et qu’il serait orgueilleux de croire que de bonnes actions sur terre garantiraient un accès au paradis. On peut aussi évoquer Jean Racine, que les élèves ont vu en seconde, et le destin tragique au théâtre, et on peut terminer par Les Provinciales, où Pascal définit et défend lui-même ce qu’est le jansénisme.

Enfin, il faut dire que Blaise Pascal en commençant les Pensées, voulait défendre la religion catholique. De manière officieuse, en précisant bien qu’il ne FAUT PAS dire cela au baccalauréat, on peut expliquer que les Pensées sont une sorte de campagne publicitaire pour la religion catholique.

N’oublions pas d’insister sur le fait que Pascal n’a jamais achevé ses Pensées, qui ne sont que des feuillets, des « fragments » qui ont été agencés par des éditeurs postérieurs, et que l’ordre voulu par l’auteur demeure inconnu.

Les lectures analytiques : c’est quand même de la littérature !

On ne peut pas se passer, dans les explications de texte, d’un long moment de paraphrase. Il faut à tout prix, avant de commencer l’analyse littéraire, que les élèves aient compris le sens. Ensuite seulement, on pourra s’intéresser à la construction argumentative, à la façon dont Pascal agence ses arguments, choisit ses exemples et travaille son style de manière à convaincre le lecteur.

C’est une séquence à faire en deuxième partie de l’objet d’étude « argumentation », après que les élèves auront compris la différence entre argumentation directe (quand l’auteur adresse ses arguments explicitement au lecteur) et indirecte (quand l’auteur passe par la fiction ou la poésie pour faire passer ses arguments de manière implicite, comme dans le théâtre de Molière par exemple). Ainsi, on pourra leur faire remarquer que les Pensées se classent dans l’argumentation directe.

Et en parallèle, les autres séances de cours ?

Pour aider les élèves à comprendre le « divertissement pascalien », on peut faire une séance d’histoire des arts sur les vanités, du XVIIe siècle à nos jours. L’enjeu est qu’ils sachent que le divertissement ce n’est pas simplement ce qui amuse et ce qui fait plaisir, mais tout ce qui occupe l’esprit de manière à lui éviter de penser à la mort, y compris le travail, la guerre, la politique… Donc, les vanités représentant les nations en négociation (Les Ambassadeurs de Holbein) sont aussi intéressantes que celles symbolisant la musique, l’écriture et les voyages. On peut finir par les sculptures de Robinstein, dans lesquelles même Mickey est voué à la mort.

Si vous avez le temps, ou que vos élèves sont motivés, vous pouvez aborder l’excellente pièce Pascal Descartes, de Jean-Claude Brisville. Les deux intellectuels se seraient rencontrés à une seule occasion, alors que Descartes était en fin de vie. Brisville imagine la teneur de cet entretien, dont nous n’avons aucune trace. Si vous pouvez assister à une mise en scène, c’est encore mieux. Vos élèves auront le plaisir de retrouver des citations étudiées en cours. Et cela les préparera à leur terminale en philosophie.

Le thème de l’argumentation est le moment idéal pour aborder la méthode de la dissertation. Or, l’un des fragments de Pascal illustre parfaitement l’intérêt de cet exercice :

Quand on veut reprendre avec utilité, et montrer à un autre qu’il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là, et lui avouer cette vérité, mais lui découvrir le côté par où elle est fausse.

On peut expliquer aux élèves que la première partie de la dissertation, c’est le moment d’envisager le sujet comme l’adversaire, et la deuxième est le moment de lui montrer le point de vue selon lequel sa « vérité » est fausse.

Sources et documents utiles :

Je m’inspire énormément pour cette séquence d’une formatrice et enseignante de l’ESPE de Lyon : https://www.apologos.org/s%C3%A9quences/argumentation/pascal-les-pens%C3%A9es/

Elle-même recommande ce site universitaire très bien documenté : http://www.penseesdepascal.fr/index.php

Vous pouvez, de manière officieuse, parce que le langage est cru, et la source non reconnue, envoyer vos élèves voir les vidéos de Cyrus North sur le divertissement et le pari, car les explications sont assez claires : https://www.youtube.com/user/LeCoupdePhil

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *