Blaise Pascal, Pensées (XVIIe siècle, fond ancien)

Je découvre le livre…

J’adore les objets, surtout les livres, qui ont une histoire. Celui-ci, à couverture rigide, en format poche et aux feuilles jaunies, presque marron, a l’air d’avoir connu plusieurs propriétaires avant d’arriver jusqu’à moi. Il est usé, ce qui, malgré son format vieilli, va me déculpabiliser à la lecture : je maltraite beaucoup mes livres, et je vais pouvoir l’annoter en long, en large et en travers.

Il a eu au moins un propriétaire avant moi, puisque c’est Romaric Briand qui me l’a donné, comme il en avait une autre édition. On s’était tous les deux aperçu qu’il avait, dans Sens, cité un de mes professeurs d’université, Laurent Thirouin, spécialiste de Blaise Pascal.

Mes conditions de lecture

J’ai un moment cru que le format des Pensées, ces billets plus ou moins courts, en ordre presque artificiel, formé après la mort de l’auteur, pourrait se prêter à une lecture aux toilettes, en parallèle de mes autres lectures. En fait pas du tout. Cela demande trop d’attention et de suivi. Donc je vais le lire comme un roman, sur mes trajets pour aller au travail, dans le métro. La ligne 13 parisienne n’est pas très commode pour ça, mais tant pis : il faut que j’ai systématiquement mon crayon à la main, il se passe rarement une page sans que j’ai des phrases à souligner, à commenter, à questionner.

En lisant, en annotant

Je ne suis pas croyante, encore moins pratiquante. Et pourtant. Je suis frappée par la justesse des premiers fragments. Blaise Pascal, comme Marcel Proust, et Milan Kundera dans une moindre mesure, rejoint les auteurs que je range dans la catégorie « génie ». Je les classe ainsi en suivant cette définition : un génie est celui qui met en mots ce que tu as toujours ressenti, sans savoir comment le formuler, sans même que tu saches que tu le ressentais.

Blaise Pascal parvient à mettre des mots sur les raisons pour lesquelles je n’arrive pas à convaincre quand j’essaye d’expliquer pourquoi, selon moi, l’humain est supérieur à l’intelligence artificielle. Pourquoi même le livre papier, la création de l’artiste sont supérieurs à des œuvres qui seraient faites « au hasard » en laissant des machines écrire. Il arrive un moment dans ces discussions où je deviens impuissante, et mon interlocuteur également : nous avons étalé tous les arguments qui nous paraissaient irréfutables l’un et l’autre, et pourtant nous ne pouvons qu’être renvoyés dos à dos, toujours accrochés à nos convictions. Pascal vient de m’expliquer pourquoi, avec son célèbre, mais trop mal compris :

Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point, on le sait en mille choses.

En d’autres termes, je sens que j’ai raison, et mon interlocuteur en a le sentiment aussi, mais nous pourront plus faire appel à la raison pour nous convaincre mutuellement. Et c’est quelque chose qui revient régulièrement dans les Pensées.

Je suis aussi frappée par plein d’autres passages célèbres. L’argument du pari, par exemple, qui explique qu’on a tout à gagner à croire en Dieu. Il ne me convainc pas (et Pascal l’explique avec les « raisons du cœur »), mais il est tout de même incroyable de simplicité et de justesse. Mieux vaut passer une éternité dans la béatitude et perdre un peu dans notre vie mortelle, que de gagner un peu dans notre vie mortelle et être une éternité dans la souffrance. Avec les Pensées, Pascal entreprend une défense, une sorte de publicité pour la religion catholique, et je trouve qu’il s’y prend plutôt bien.

J’ai un peu moins apprécié les derniers fragments cependant, axés uniquement sur des réflexions théologiques, et beaucoup moins applicables à un ressenti laïque.

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